C'est une peinture de bagarreuse.

Il y a entre les tableaux de Jacqueline Lipszyc et elle une empoignade sévère, un combat où s'établit un curieux mélange de violence et de tendresse, violence des volumes et des chairs martyrisées, tendresse des visages, des regards et de délicatesse des transparences.

Sur de grandes feuilles de papier, le pastel gras s'écrase, se superpose, se fond, et sous sa force musclée, donne une lumière intérieure, vibrante, silencieuse, pourpre d'un incendie primordial, vert profond d'une très ancienne origine aquatique, bleu d'un ciel fondamental. C'est une peinture de préhistoire, originelle sans afféterie ni complaisance : on ne rigole pas avec les couleurs ni les formes.

Il y a du Goya dans cette recherche d'un drame sans spectacle, un Goya qui aurait rencontré Egon Schiele. Peut-être le corps est-il le révélateur du tragique de la condition humaine… C'est ce qu'au travers de son travail, Jacqueline Lipszyc nous donne à comprendre avec cette énergie, cette fulgurance qui est le propre des artistes authentiques.

Patrick Cauvin
Ecrivain - scénariste

 

It is the painting of a fighter.

There is a deep row between the pictures of Jacqueline Lipszyc and herself, a combat where an odd mixture of violence and tenderness sets in, violence in the volumes and of martyred flesh, tenderness in the faces and the looks of transparent delicacy.

On large sheets of paper, oil pastels are smashed, superimposed, until they blend; under her muscular strength they give out an internal, vibrant and silent light, the crimson of a primeval fire, the deep green of a very ancient aquatic origin, the blue of a fundamental sky. It is painting of prehistory, primeval without indulgence, without pretense: one doesn't joke with colors nor forms.

Goya is there, in the search for drama without show, a Goya who would have met Egon Schiele. The body may reveal the tragedy in the human condition... This is what Jacqueline Lipszyc gives us to understand through her work: the energy, the searing dazzle which are the characteristics of authentic artists.


Patrick Cauvin

Scenarist - writer

Chez Jacqueline Lipszyc, la peinture seule est nue. Peinture à vif, contre l'indifférence des regards.
Car le corps est vêtu d'espace peint. Espace corporel vêtu de peinture … Car la peinture dit notre peau véritable et le corps apparent cache le corps réel qui n'ose exister. Et le corps de la peinture plus cru et plus grand que le corps réel, habite seul le pays des tableaux.

Dans l'ordre des références, on peut voir des sources expressionnistes, une proximité peut-être de l'abstraction gestuelle, le rapprochement brûlant d'une beauté rude, convulsive et globale, et le surgissement d'un dessin implacable, aigu et libre.
Corps peint, corps monstre.

Lipszyc évite le piège des belles apparences où le regard s'engloutit. Le dedans et le dehors du corps, peints dans le même instant beau et cruel, disent le sublime et l'atroce du corps uni et séparé.

L'artiste ne masque pas l'irréductible du corps, son infracassable présence, et l'énigme si troublante d'exister dans un sac de peau. Espace épuré vide de tout repère, corps nus, exhibés sans aucune échappatoire. Aveuglante clarté d'un regard fasciné. Lipszyc fracasse le miroir des habitudes, elle tue le corps narcissique. Cruauté et compassion mêlées.
Absolu face à face.

Christian Noorbergen - Historien d'Art

 

In the work of Jacqueline Lipszyc, only the painting is nude. The painting is an open wound, against the indifference of the eye.

The body is clad in painted space. Corporal space clad in paint… because paint tells our real skin, and the apparent body hides the real one which does not dare to exist. The body of the painting is more raw and bigger than the real body that, alone, inhabits the country of pictures.

In the realm of references one can observe expressionist sources, perhaps a closeness to action-painting, a burning bringing together a harsh, convulsive global beauty and a sudden emergence of an implacable, sharp and free drawing.
Painted body, monstrous body: Lipszyc avoids the trap of beautiful appearances in which the eye gets drowned. The inside and the outside of the body, is painted at the same beautiful cruel instant, telling of the sublime and of the atrociousness of a united and separated body.

The artist does not hide the irreducibility of the body, its unbreakable presence, and the troubling enigma of living in a bag of skin. Nude bodies, are exhibited without any way out in a purified space empty of all references. Lipszyc smashes the mirror of habits into a blinding clarity of a fascinated look. She destroys the narcissistic body where cruelty and compassion are intermingled into a total confrontation.

Christian Noorbergen - Art historian